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Déposition enquête publique COMURHEX Maryse Arditi, membre du CLIC pour l'association ECCLA
Une partie de ce document a été diffusé lors de la réunion publique. Il est ici complété. Des questions ont été posées lors de cette réunion, mais elles ne l'ont pas toutes été pour ne pas monopoliser la parole. Par ailleurs mêmes parmi les questions questions posées, beaucoup n'ont pas reçues de réponses. Ce document comporte à la fois des éléments généraux et des remarques, des questions et des prises de position. Les questions sont en italique pour être rendues visibles et obtenir des réponses.
1/ L'entreprise Une entreprise oubliée : On évoque souvent les mines d'uranium, l'enrichissement, les réacteurs et le traitement des déchets, mais entre mines et enrichissement, il y a la conversion de l'uranium Comurhex est une usine située sur un marché mondial. Il existe 5 autres usines équivalentes dans le monde : Canada, Chine, Etats-Unis, Royaume Uni, Russie. Comurhex traite 26% de la production mondiale, ce n'est donc pas une usine locale. C'est en fait la porte d'entrée d'un quart du nucléaire mondial et évidemment de la totalité du nucléaire français. Elle exporte 58% de sa production : ( en asie 21%, aux USA 20%, en europe 17%)
2/ Que fait-elle ? Elle reçoit de l'uranium en général sous forme de concentrés (appelé yellow cake) en provenance de diverses mines (Canada, Niger...). Elle doit les purifier, puis les mettre sous une forme telle qu'ils puissent être enrichis : ce sera du tétrafluorure d'uranium qu'elle expédie à Pierrelatte ou il est transformé en hexafluorure d'uranium. Elle reçoit donc des concentrés d'uranium, mais elle a aussi retraité de l'uranium appauvri, et au début de son existence de l'uranium de retraitement issues des centrales( ce qui explique la présence de produit comme du plutonium dans les bassins). Les grandes lignes de l'usine : dissoudre des concentrés dans de l'acide nitrique pour obtenir un produit liquide (nitrate d'uranyle) qui peut être purifié. Après purification, retirer l'azote qu'on a mis dans la première étape pour obtenir un oxyde d'uranium. Injecter ensuite le fluor pour obtenir le produit final.
3/ Législation COMURHEX fait partie des 600 installations en France qui sont classées SEVESO seuil haut, donc soumise à une maîtrise de l'urbanisation, avec un comité local d'information et de concertation (CLIC) et l'élaboration d'un PPRT (Plan de prévention des risques technologiques). Elle est classée SEVESO pour l'ammoniaque et SEVESO seuil haut pour l'acide fluorhydrique. Elle n'est pas classée INB (Installation Nucléaire de Base) , ce que ECCLA demande depuis plusieurs années. En effet, Pour être déclarée INB, il faut dépasser une certaine quantité de radioactivité différente selon les produits. Pour l'uranium, ce niveau s'établit à environ 1 million de Becquerels. Comurhex est autorisée par la législation des installations classées à stocker
Par ailleurs, dans les bassins de B1 à B12 qui s'étalent dans la plaine (environ 30 ha de superficie), la radioactivité présente atteint 60 millions de fois cette valeur. Et alors, en 2007, quelques lignes ajoutées à la législation précise que ce seuil ne s'applique pas à l'uranium naturel non enrichi . L'usine COMURHEX échappe à tout classement INB ! Mais normalement, pas les bassins.
4/ La demande concerne à la fois
A/ la rénovation L'usine a un demi-siècle. il est clair qu'une rénovation complète est indispensable car les installations vieillissent et l'usine a connu de très nombreux incidents ou accidents depuis quelques années. B/ Une augmentation de 50% de la capacité. Le seul argument développé pour justifier cette augmentation est l'accroissement prévisible du nucléaire dans les années à venir. Remarquons au passage qu'il n'y a aucun argumentaire sur l'emploi. Il est en effet précisé que la transformation peut se faire à emplois constants. Le nucléaire ne va pas se développer contrairement au discours tenu par AREVA et aussi par le gouvernement français. En effet, AREVA oublie l'âge des centrales ou parie sur un allongement démesuré de leur durée de vie. La meilleure source est le rapport que Angela Merkel vient de commander à de spécialistes allemands sur la situation du nucléaire dans le monde. On y trouve quelques informations essentielles qui contredisent totalement les espoirs d'AREVA
5/ Les dangers 1/ Un rappel sur la méthode Chaque événement dangereux qui pourrait se produire lors du fonctionnement est étudié en détail avec tous les risques connexes pour voir
Tout ceci explique l'ampleur de l'étude de dangers car le nombre d'événements possibles est considérable (300 pour la seule unité de purification !). Ces événements sont classés en " événements courants " (la probabilité qu'ils arrivent est supérieure à une fois sur 100 chaque année), puis probables, improbables, très improbables,et finalement " événements extrêmement peu probables " ( la probabilité qu'ils arrivent est inférieure à une fois sur un million chaque année) Enfin chaque élément se voit aussi attribuer une gravité : modéré, important, sérieux, catastrophique, désastreux. Evidemment, plus un événement est grave, plus sa probabilité doit être faible. On a ainsi un tableau carré dans lequel peuvent être reporté tous les scénarios retenus. 2/ les événements redoutés et leurs impacts : quelques questions Impossible d'entrer dans le détail, tant il y a de scénarios et de probabilités diverses. Cependant on peut résumer l'ensemble des questions sous quelques principes.
6/ les bassins 1/ Par rapport aux risques d'inondations des bassins, Il est retenu une pluie millénaire de 370mm (pour ajuster la garde sur les bassins) Sachant qu'à Lézignan en 1999, il est tombé 550 mm et que le climat nous promet plutôt une accentuation des phénomènes climatiques extrêmes, cette valeur peut laisser perplexe. Par ailleurs, si la zone inondable dans le PPRI évite de justesse l'usine, elle couvre les bassins. Le document précise qu'il n'y a aucun risque d'inondation grâce aux digues des bassins. C'est publier un peu vite 2004 et la rupture de la digue des bassins B1 et B2 de décantation, puis 2006 où il a fallu arrêter l'usine au risque de débordements des bassins. Quelle mesure pour que cela ne recommence pas ? Quelle garantie quand on se rappelle la très mauvaise gestion de ces bassins par Comurhex. Comme tous ces accidents semblent s'oublier très vite et être recouverts d'un épais silence, nous portons ici des extraits des Compte Rendus des CLIC qui sont des Comptes rendus validés par tous faits sous la responsabilité du Président du comité.
CLIC de février 2006, après l'arrêt de l'usine pour cause d'inondation.
Donc en 2 ans, les terres polluées n'avaient pas été complètement remises dans les bassins L'arrêté préfectoral de mise à l'arrêt de l'usine date du 30 janvier 2006
Un extrait du CLIC de mai 2006, qui évoque le sur-accident du 5 mars 2006
L'installation a été arrêtée 2 mois. On comprend qu'il existe un doute réel sur la capacité à gérer correctement ces bassins dont le contenu est toiut de même sérieux 2/ La superficie des bassins La gravité des risques liés aux produits a souvent fait oublier les risques liés aux bassins. Ils ne sont évidemment pas de même nature. Aucun risque d'explosion ou de nuage toxique ! Pour autant, à long terme, ils représentent une pollution lourde qui va marquer tout l'environnement. Rappelons que les caractéristiques des bassins données dans le dossier :
La superficie couverte par les bassins s'est considérablement étendue ces dernières années : elle a quasiment doublé depuis 1996 ! Inacceptable que l'on continue à ce rythme. 3/ Leur contenu et la réglementation Il est maintenu reconnu
Il faut rappeler que ces bassins constituent ce qui s'appelle dans le PREDD de la région (Plan Régional d'Elimination des Déchets Dangereux) une décharge interne. Elle représente, au niveau de la région, 91% des déchets des industriels stockés sur leur propre site, ce qui est évidemment le plus mauvais traitement possible pour les déchets. Les dernières années ont confirmé ce fait. 4/ Questions
7/ Etude d'impact : impacts à long terme sanitaires et environnementaux Cette étude d'impact est un peu particulière puisque cela fait 50 ans que l'usine existe. Le point zéro de l'état des lieux est donc déjà un bilan de 50 ans de pollution. Les études de l'IRSN montrent un réel marquage du site sur une distance de 1000 mètres environ. Elles montrent aussi que les travaux effectués sur les bassins B1 et B2 suite aux incidents de 2006 ont soulevés suffisamment de poussières pour qu'on en trouve la trace dans les blés en 2007, la contamination du même blé ayant été plus faible en 2008. Il est à noter qu'on aurait sûrement vu la même chose en 2005, suite aux accidents de 2004 si des mesures avaient été faites. Dans ces conditions, ECCLA qui avait alerté le préfet sur cette production alimentaire à proximité de COMURHEX ne peut être que satisfaite de voir que ces cultures vont s'arrêter. Il est important de comprendre que chaque incident ou accident accroît substantiellement la pollution de l'environnement. Il faut aussi rappeler que l'étude des impacts sanitaires et environnementaux est faite " en fonctionnement normal ". Elle ne tient pas compte des accidents (sauf quand l'étude a juste lieu au moment d'un accident) Consommation d'énergie : aucun progrès et même marche arrière. En gros, la consommation d'électricité est multipliée par 4 et la consommation d'électricité par 2. Donc cet accroissement est très supérieur à l'augmentation prévue de la capacité (50%). Dégradation sur ce point. Page 291 et 292 : la répartition isotopique de l'uranium naturel : il manque l'uranium 235 ! idem page 310 ! alors qu'il y a plus d'uranium 235 que 234 dans l'uranium naturel. Peut-on avoir une explication ? Les rejets d'uranium : plus de 100kg par an d'uranium rejeté dans l'atmosphère et dans les effluents liquides, hors lagunes. C'est trop ! La diminution des effluents envoyés aux lagunes n'est pas quantifiée. On reste dans le flou. Questions : peut-on savoir précisément quel volume sera rejeté annuellement dans les lagunes (60.000 m3 annuels aujourd'hui) et quelle sera sa composition en uranium d'une part et produits chimiques divers d'autre part. Bien que le mot entreposage soit prononcé dans certaines parties du dossier, dans d'autres il est évoqué une expérimentation sur ces bassins avec évocation de " couverture " page 420, ce qui laisse entendre une installation pérenne, inacceptable par ailleurs, on peut lire dans le dossier : Les études et les travaux associés devraient permettre de démontrer dans le cadre du Plan National de Gestion des Matières et des Déchets Radioactifs (PNGMDR) que l’entreposage des déchets de COMURHEX Malvési donnera des garanties de sûreté et de préservation de l’environnement permettant la poursuite de son exploitation dans l’attente de l’élaboration d’une solution déterminée dans le cadre PNGMDR. voilà qui est écrit. Il n'existe pas de solution à ce jour pour ces déchets 8/ Position d'ECCLA sur le dossier 1/ Le site est à un tel niveau de pollution qu'il vaut mieux que la COMURHEX reste pour dépolluer l'ensemble du site et en particulier les bassins. De plus l'usine est très ancienne et ne peut continuer à tourner dans les conditions actuelles. Donc ECCLA approuve la rénovation, mais sous conditions : pour les bassins
pour les risques
pour le fonctionnement du CLIC
2/ ECCLA refuse l'extension de l'installation car elle crée des risques et des pollutions supplémentaires sans aucun avantage et sans aucun emploi supplémentaire. De plus, elle ne croit pas à la seule justification donnée : le nucléaire va croître rapidement dans le monde et les besoins vont exploser. |
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